20260131 - Lyrica Massilia

Misa Tango marseillais à la Basilique Notre-Dame de la Garde.


Photo © Lyrica Massilia

Week-end hispanisant pour Lyrica Massilia.

Vendredi, au centre Solea, nous assistions à une soirée flamenco d’une intensité rare : la sublime bailaora Susana Casas y dansait, portée par l’orchestre qui l’accompagnait, Alberto Garcia, Emilio Cortes au chant, Juan Luis Fernández aux percussions, et surtout l’extraordinaire guitariste Manuel Perez.

Le lendemain, c’est dans le cadre majestueux de Notre-Dame de la Garde que nous nous rendions pour une Misa Tango tout aussi saisissante.

Œuvre spectaculaire du compositeur argentin Martín Palmeri, créée en 1996, la Misa Tango (ou Misa a Buenos Aires) mêle le texte liturgique de la messe catholique à l’énergie et à la sensualité du tango argentin.

Il faisait très froid sur les hauteurs de la basilique. Les jeunes musiciens du quatuor de l’Orchestre Rives de Méditerranée, chargés de l’accompagnement, tentaient de se réchauffer les mains. Le public, très nombreux, admirait les ex-voto, les tableaux et les décors des plafonds, dans l’attente de l’arrivée du Chœur Cantabile et des musiciens argentins : Fabián Carbone au bandonéon, José Luis De Miguel au piano, leur chef Rafael Lamas, et la soprano, dont on reparlera certainement, Daniela Tabernig.


Photo © Lyrica Massilia

Le père Olivier prenait la parole et invitait à « prendre de la hauteur ». Le lieu, ce soir-là, s’y prêtait pleinement.

La soirée s’ouvrait sur une aria à l’atmosphère presque mariale. La soprano imposait d’emblée un timbre ample, un vibrato souple, une émotion immédiate. La direction, très fluide, laissait respirer les phrases. Le quatuor séduisait par sa tenue et sa justesse.

L’entrée du bandonéon constituait l’un des moments forts de la soirée : profondément mélancolique, d’une grande intensité expressive, le jeu de Fabián Carbone, habité, captait aussitôt l’écoute. Superbe.

Puis le chœur pénétrait, majestueux. Cinquante-trois chanteurs entonnaient le Kyrie, qui frappait par son ampleur et sa présence. Le bandonéon y était, une fois encore, remarquable. Le chant choral donnait à cette œuvre parfois qualifiée d’iconoclaste une dimension sacrée presque monumentale. La direction restait d’une grande souplesse ; la gestique ample du chef accompagnait la respiration collective.

La Misa Tango déroulait ensuite ses différents mouvements. La soprano Daniela Tabernig, d’une maîtrise remarquable, émouvait par la profondeur de son chant, la beauté de ses médiums parfaitement maîtrisés et ce vibrato exquis qu’elle usait avec intelligence. Les aigus étaient clairs, purs, jamais ostentatoires. Central dans cet édifice musical, le bandonéon apportait tour à tour mélancolie et gravité. Il faut dire que Fabián Carbone est un remarquable musicien. Les violons étaient très beaux ; le violoncelle, grave, presque taciturne, donnait son rythme à l’ensemble avant que les pupitres du chœur ne se répondent et ne remplissent l’immense nef.


Photo © Lyrica Massilia

Le chœur, impeccable, apparaissait formidablement préparé par la cheffe de chœur Isabelle Lopez. Les pupitres étaient équilibrés, d’une grande justesse d’ensemble. Le piano, à l’évidence mal placé, se révélait malheureusement peu audible. Dommage : le solo de José Luis De Miguel qui ouvrait le Sanctus laissait deviner la délicatesse, l’émotion et la qualité de ce musicien.

La dernière note envolée, l’ovation a éclaté. Les anges ont attendu.