13 juin 2025 - 21h30
Abbaye Saint-Victor - Marseille
20 juin 2025 - 20h30
Cathédrale Saint-Sauveur - Aix-en-Provence
Direction : Isabelle Lopez
Manon Pizzichemi, soprano
Esma Mehdaoui, mezzo-soprano
Pierre Eladlia, ténor
Jean Vendassi, basse
Le Requiem : Missa pro defunctis (1855)
En 1855, Franz von Suppè achève son Requiem en hommage à Franz Pokorny. Cette oeuvre occupe une place significative dans la production artistique du XIXe siècle. Elle ne doit pas être considérée comme une simple création occasionnelle d’un compositeur d'opérettes talentueux. Au contraire, elle a été soigneusement élaborée dans le but de réaliser une pièce de grande envergure, à une époque où l'auteur souhaitait véritablement s’imposer en tant que compositeur « sérieux ».
Il puise dans le matériau du plain-chant grégorien, et fait appel à l'écriture fuguée, à la mélodie spirituelle, tout en intégrant des éléments de musique populaire slave et hongroise, d'opéras italiens, de musique militaire austro-hongroise et d'oeuvres orchestrales romantiques. Dans certains passages von Suppè s'inspire des principes d'écriture de la messe classique avec orchestre comme en témoigne la répartition entre soli et choeur du Rex tremendae, ou encore la fugue du Kyrie. Le choeur, tour à tour éclatant et chuchotant, cultive une ambiance dramatique rappelant l'homme de théâtre qu'est le compositeur. Cette « Messe des Défunts » sera malheureusement abandonnée peu après sa création jusqu’à la fin du XXe siècle.
Structure de l’oeuvre : le concert
Introit
1. Kyrie, Requiem
Le choeur entonne une marche funèbre et les solistes répondent en choral. Le Kyrie, comme il est de tradition, est traité sous forme de grande fugue.
Séquence
2. Dies irae : un Dies irae aux accents évocateurs et à l’intensité extrême.
3. Tuba mirum : le Tuba mirum, solo de basse accompagné au trombone, précède un Mors stupebit à cinq temps épique et haletant, dont le climat n’est pas sans rappeler le Lacrimosa de Mozart.
4. Rex tremendae : les rythmes pointés aux cordes imposent une majesté royale à ce chant de louange triomphant où solistes et choeur entonnent un choral solennel.
5. Recordare : scène d’ensemble d’un prodigieux effet, où l’orchestre et le quatuor de solistes développent une plénitude sonore et un lyrisme dignes de l’opéra italien, tandis que le choeur récite son texte à vide et sottovoce, telle l’oraison du peuple de l’église.
6. Confutatis : un Confutatis tout en contrastes, avec un choral d’hommes aux accents d’abord virils puis a cappella majestueux, dans une tradition du « Liedertafel » allemand, auquel répond un touchant Voca me du choeur de femmes à trois voix et flûte concertante.
7. Lacrimosa : l’air d’alto du Lacrimosa accompagné par le choeur, aux accents lyriques, montre que von Suppè vient du théâtre et sait écrire pour la voix. Les dernières phrases sur un motif chromatique descendant de l’orchestre sont saisissantes.
Offertoire
8. Domine Jesu : toute la sévérité et la pureté de la musique sacrée dans ce Domine Jesu, psalmodié par le choeur en homophonie, à l’harmonie tour à tour sombre et lumineuse, auquel succède un Quam olim Abrahae fugué et enjoué.
9. Hostias : grand air pour basse, à l’atmosphère sombre et poignante, dans un ternaire qui laisse entrevoir le Suppè viennois, talentueux compositeur de valses.
Sanctus
10. Sanctus : Un Sanctus en douceur et sérénité qui n’est pas sans préfigurer l’ouverture de l’Or du Rhin de Wagner, avant un éclatant Osanna d’une joie exubérante, plus proche de la fanfare militaire !
11. Benedictus : contraste total avec ce Benedictus chanté a capella, par le quatuor de solistes, prière recueillie, simple et tranquille, avant la réponse du tonitruant Osanna.
Agnus dei et Communion
12. Agnus dei : un Agnus Dei d’émotion pure, d’abord pudique puis passionné, avec en son centre une mélodie aux cordes verdiennes à souhait. Effet garanti ! Le Lux eterna et le cum sanctis tuis reprennent la musique de l’introduction, ce qui confère au Requiem une structure cyclique.
Absoute
13. Libera me : magnifique final que ce Libera me, en chant grégorien a capella, accompagné de citations de temps forts de l’oeuvre - Dies irae, Agnus dei, Requiem et Domine, comme pour conclure ce grand voyage aux influences multiples, mais unies par un souffle lyrique et une émotion immédiate.